Posted by on 3 mars 2018

4-3-2-1

 

Pour se présenter, les enseignants-chercheurs et doctorants de « 19-21 » (anciennement « VORTEX »), l’un des cinq groupes du laboratoire PRISMES (EA 4398), à l’Université Sorbonne-Nouvelle, ont choisi de placer leurs travaux dans le domaine de la littérature et des arts sous le signe d’un nombre, d’une date ou d’un chiffre. Pourquoi un tel choix ? Il procède en droite ligne de la problématique « Les Nombres et le Nombreux » qui nous a occupés lors de la deuxième phase – de 2015 à 2017 – du plan quinquennal qui vient de s’achever. Très tôt, la relation qui s’est établie entre la littérature et l’essor, par exemple, de la statistique, a d’abord été faite « d’émulation et de concurrence, puis d’opposition voire de révulsion », comme l’écrit Olivier Rey (Quand le monde s’est fait nombre, Stock, 2016). Hard Times (1854), le roman de Charles Dickens, rend opportunément compte de cet accablement sous le (grand) nombre, avec la montée en puissance du Gradgrindism, à laquelle le romancier tente d’opposer la poésie, fruit de l’imagination telle qu’elle se donne libre cours au sein du cirque et dans la tête des enfants. Très vite, cependant, il nous est apparu qu’il convenait de dépasser cette opposition trop binaire, et qu’il nous revenait, pour le dire cette fois avec les mots d’Alain Badiou, de penser le nombre, plutôt que de se laisser intimider par son omniprésence et la façon qu’il a de régler tous les domaines de l’activité humaine. « L’art ne relève à proprement parler du nombre qu’autant qu’il y a une pensée du nombre » (Le Nombre et les nombres, Seuil, 1990). C’est ce défi là, qui est aussi celui que pose le rapport politique de l’individu, du moi « un » et indivisible, à la société (des uns et des autres, du « nous » et du pluriel), grande question qui agite les sociétés démocratiques modernes depuis (au moins) le 19e siècle, que nous nous sommes efforcés de relever, avec les moyens qui sont les nôtres.

 

A la pensée du nombre s’ajoute l’indispensable prise en compte de la date. Quantité de travaux de recherche récents, dans le domaine des sciences humaines et sociales en particulier, ont remis au goût du jour la pertinence des dates, trop vite passées par pertes et profits. Du déjà ancien De la littérature française, dirigé par Denis Hollier (Bordas, 1993) jusqu’au récent L’Histoire mondiale de la France (Seuil, 2016) piloté par Patrick Boucheron, ce sont, à chaque fois, et de façon de plus en plus prégnante, des dates qui rythment la démarche intellectuelle et théorique à l’œuvre, lui assurant à la fois une scansion et un ancrage.

 

Scansion et ancrage, au service d’une volonté de compréhension analytique des phénomènes, tels sont les enjeux au prisme desquels les chercheurs de « 19-21 » ont souhaité se présenter, et présenter leur recherche en cours. Et ce, au travers de courtes vidéos individuelles. Le titre générique en est « 4-3-2-1 ». Soit un clin d’œil au roman de Paul Auster, 4321, paru en janvier 2017, en lien avec la réalité d’un compte à rebours précédant le démarrage d’une opération à laquelle l’ensemble de l’équipe est associé. Ces vidéos seront mises en ligne de manière échelonnée dans le temps.

 

Place à présent aux images, 24 images/seconde…

 

 

Isabelle Alfandary, Marc Porée, 25 février 2017.

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